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Introduction
à l'apologétique
par Marco
Introduction
L'apologétique
consiste à défendre une doctrine face à
la critique. En l'occurence,
défendre le mormonisme
n'est pas toujours une chose simple. D'abord parce que l'Eglise
de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours
(abrév. EJCSDJ) a pris soin, dès sa fondation,
de noter et archiver tous les événements importants
et discours d'autorités ecclésiastiques; que ce
soit "Journal of Discourses", ou "History of the Church", ou
de nombreux autres périodiques et livres, toutes ces
informations sont aisément accessibles et constituent
autant de sources faciles à utiliser pour la critiquer.
Ensuite, en raison de ses affirmations parfois audacieuses et
de certains points de doctrines très discutés,
elle est la cible particulière de tous les chasseurs
de sorcières et autres inquisiteurs des temps modernes.
Néanmoins, et nous le verrons dans cet article, les "critiques"
et autres "anti-mormons", ne sont pas uniquement porteurs d'éléments
négatifs. En plus du fait que par leur biais de nombreux
non-Mormons ont rejoint l'Eglise, et ce malgré certains
travaux au contenu et à la méthode parfois malhonnêtes,
certaines critiques ont amené des Saints
des Derniers Jours (abrév. SDJ) à
s'interroger davantage sur leur religion et à rechercher
un témoignage par le Saint-Esprit
de la véracité de son message. Dans certains cas
même, ces remarques ont amené des groupes de savants
à s'assembler pour mener des recherches scientifiques
dans le but de corroborer les affirmations audacieuses de leur
doctrine. En fin de compte, ceux qui se sont à ce jour
élevés contre l'Eglise dans le but de la détruire
se sont bien souvent avérés être d'excellents
outils de prosélytisme, une motivation pour de nombreux
membres de l'Eglise pour rechercher un témoignage plus
fort, et le moteur de certaines recherches et découvertes
scientifiques passionnantes.
Là n'est cependant pas l'objectif
des groupes, organisations ou individus qui entreprennent d'étudier
le mormonisme
dans le but de le critiquer.
Afin que leurs écrits puissent finalement tourner à
l'avantage des Saints
des Derniers Jours pour leur édification, il
convient d'étudier leurs méthodes et la construction
discursive de leurs propos, afin d'en dégager non seulement
leurs intentions (souvent cachées sous des signes annonciateurs
de bonne volonté) mais également les procédés
douteux quand il y en a.
Ci-dessous, je propose, après avoir clarifié la
terminologie liée aux acteurs de la critique et la défense
de l'Eglise, que nous nous penchions d'abord sur l'oeuvre de
l'apologète. Nous étudierons ensuite l'anti-mormonisme
lui-même : ses postulats, ses tactiques, et ses pôles
principaux d'attaque, pour ensuite revenir sur l'apologétique
mormone et son impact sur le lecteur comme le rédacteur.
Une courte conclusion terminera cet article.
Proposition de terminologies
Critiques, apologètes,
anti-mormons... Qui est qui ? Qui fait quoi ? Quelles différences
?
Le critique, pour commencer, n'est pas à confondre
avec l'anti-mormon, même si dans l'usage courant
l'un et l'autre ne sont que très rarement différenciés.
Le critique se distingue de l'anti-mormon avant tout au niveau
des intentions. L'un et l'autre peuvent parfois tenir
le même discours sur un même sujet, mais la motivation
première du critique est de commenter, dénoncer
ou appuyer un principe, ou une organisation, sur la base de
son raisonnement. En d'autres termes, son exercice a avant tout
comme objectif de proposer un certain éclairage
sur un sujet donné. En règle général,
il est sensé avoir conscience de sa propre subjectivité,
et donc devrait savoir être auto-critique.
Dans le cadre du mormonisme, il n'a pas comme
objectif de nuire à l'Eglise ou ses membres d'une façon
ou d'une autre. Sa propre philosphie et ses a priori
ont certainement un impact inévitable sur son opinion
du mormonisme, mais débarrassé d'une motivation
malsaine, il sait (ou devrait savoir) admettre ses limites dans
sa réflexion, et accorder à son sujet les circonstances
atténuantes qu'il mérite. Le vrai critique
est un oiseau rare : il n'entre pas dans les débats futiles;
il arrive, donne son opinion ou partage ses connaissances, puis
se retire la plupart du temps car le but de sa présence
- présenter ses observations - a été atteint.
Le critique est souvent aconfessionnel ou
capable d'un "oubli de soi" et de prendre de la distance avec ses croyances.
L'anti-mormon, quant à lui, se distingue du critique
dans sa volonté ciblée de porter atteinte directement
au mormonisme, voire à ses membres. L'objectif de son
intervention n'est pas la critique en soi, mais d'influencer
le lecteur sur le caractère malsain, selon son appréciation,
du mormonisme. Ce point de vue le positionne ipso facto
dans une logique aggressive où, bien souvent, "la fin
justifie les moyens".
Si les premiers anti-mormons (ceux du XIXe
siècle) s'armaient de fusils, de goudron et de plumes
pour persécuter et décourager les Saints des
Derniers Jours, ainsi que tous ceux qui exprimeraient de
la sympathie envers eux, ceux d'aujourd'hui frappent à
coup d'articles aux titres provocateurs, de demi-vérités,
et d'approches décontextualisées des croyances
et faits historiques du mormonisme. Rarement sensibles à
une approche holiste (globale), ils préfèrent
"trouver la phrase qui tue", le scandale d'untel, les manquements
de tel autre. Leurs textes se caractérisent par un choix
langagier sensationaliste, appuyé par des soulignements,
des mises en italiques et des caractères grossis ou mis
en gras, dans le but d'amener le lecteur dans une position induite
et délicate, "face au mur", ou la réponse à
une question mal posée est déjà donnée.
Quand il a un semblant de choix, le lecteur est introduit dans
une logique binaire souvent peu pertinente et très éloignée
de la réalité humaine et religieuse.
Contrairement aux idées reçues,
la majorité des anti-mormons ne sont pas d'anciens membres
de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers
Jours. La plupart sont des activistes religieux (ou athées),
dont la principale motivation est de "prêcher pour leur
paroisse", et de porter atteinte à la "concurrence".
Le mormonisme est, justement, une très importante concurrence
aux yeux de ces "ministères rétribués"
("paid ministry"), chargés qu'ils sont de réduire
le flot de conversions vers le mormonisme en présentant
une image biaisée de l'EJCSDJ.
Si l'anti-mormonisme n'est pas l'apanage d'un seul
groupement religieux (quelques Catholiques, Réformés,
Musulmans, Témoins de Jéhovah, etc. s'y sont tous
prétés une fois ou l'autre), c'est néanmoins
dans les courants chrétiens évangéliques
que s'organise la "résistance" la plus importante : sites
internet, livres et brochures, manifestations sur la voie publique,
prêches dans les églises, profanations, etc.
S'ils sont souvent plus prudents aujourd'hui,
les anti-mormons, de par leurs présupposés, se
sont parfois accrochés à des idées saugrenues,
comme c'était le cas, par exemple, de la question sur
l'origine du Livre
de Mormon (théories de Spaulding, d'Adam Smith, de
Shakespear...).
L'apologète est par excellence un "défenseur
de la foi". L'Eglise de Jésus-Christ des Saints des
Derniers Jours en compte de nombreux et quelques célèbres
(Roberts, Nibley, Peterson, Tvedtnes, Lindsay, Gee, Shirts,
etc.). Ces SDJ
(pour la plupart) ne sont en règle général
pas mandaté par l'Eglise pour faire ce qu'ils font; ils
prennent cette responsabilité sur eux-même et utilisent
leur temps libre pour défendre ce qu'ils considèrent
être des attaques contre leur foi.
Que ce soit en écrivant des livres,
ou par des articles publiés sur des sites internet, le
travail principal de l'apologète est de reprendre les
critiques issues des milieux anti-mormons et de décrire
les erreurs de raisonnements, de soulever les manipulations
linguistiques, de condamner le mensonge, et de re-contextualiser.
Le "bon" apologète sait admettre son erreur, et s'efforcera
de modifier un de ses textes lorsqu'il est avéré
qu'il contient des éléments perfectibles. Il n'utilise
pas, ou ne devrait jamais faire usage, de propos agressifs,
d'insultes ou d'attaques ad hominem. Son propos devrait
s'inspirer et s'exprimer par un juste équilibre entre
connaissances (scientifiques, historiques, scripturaires), foi
et charité. Il doit reconnaître ses limites, accepter
les critiques pertinentes et l'admettre lorsque ses connaissances
ne lui permettent pas de répondre par une défense
cohérente.
En même temps, l'apologète doit
chercher à éviter les pièges dans lesquels
les anti-mormons tombent si facilement, comme la prédominance
idéologique, et la décontextualisation : il doit
éviter que sa foi ne vienne à déguiser
les croyances en vérités objectives et à
faire usage de méthodes discutables, voire malhonnêtes.
Dans une certaine mesure, il se doit également
de s'attaquer aux mythes créés par les
membres de l'Eglise eux-mêmes, combien même cela
reviendrait à remettre en question les idées personnelles
de membres éminents.
... Qu'en
est-il de la réalité ?
Si ces trois caricatures
ont comme avantage de présenter un "who's who" clair
et distinct, elles sont cependant difficilement applicables
dans la réalité. En général, les
anti-mormons ne se présentent pas tels qu'ils sont décrits
ci-dessus; la plupart d'entre eux se posent en victimes
du mormonisme, affirmant qu'ils se sentent "agressés"
par les doctrines de l'Eglise. Certains invoquent même
leur droit d'attaquer le mormonisme au nom de la "défense
du christianisme"1, inversant ainsi les rôles
en se plaçant dans la position des apologètes
et attribuant aux SDJ
celle des aggresseurs. La plupart du temps, ils se présentent
en "critiques" du mormonisme, ou en "commentateurs",
ou par d'autres termes qui ne sont pas toujours représentatifs
de leurs réelles intentions.
Les critiques,
quant à eux, ne sont en réalité jamais
totalement objectifs, l'impartialité complète
n'étant pas le point fort de la majorité des êtres
humains. Même ceux qui sont à placer dans cette
catégorie partent toujours de certains postulats sur
lesquels ils fondent leurs propos. Par ailleurs cette position
plus modérée qu'est la leur est souvent revendiquée
par les anti-mormons qui font fi des objectifs pourtant très
différents des uns et des autres.
Certains
apologètes ne sont pas non plus des anges. La tentation
est parfois forte d'utiliser les tactiques que j'attribue ici
aux opposants à l'Eglise : coupures malhonnêtes
de citations, utilisation décontextualisée de
certains actes et propos, etc. D'autres profitent de leur position
de défenseurs pour critiquer les croyances et la religion
d'autrui d'une manière aussi dénonciable que celle
utilisée par les anti-mormons.
Bref, le tableau du début, dans lequel l'apologétique
mormone s'inscrit, ressemble dans les faits davantage à
une toile où les couleurs les plus variés et les
dégradés les plus subtils s'étalent dans
une sorte de continuum, qu'à un drapeau tricolore
à la française ou à l'italienne. Le scénario
du western "Le bon, la brute et le truand" n'y trouve qu'une
application très relative, dans la mesure où tous
ne sont pas forcément mal intentionnés, tous ne
sont pas forcément neutres, et tous ne sont pas forcément
de dignes défenseurs de la foi. Il serait bien plus juste
de parler en termes de tendances que d'absolus.
Si tout
ce beau monde se dissout dans un balet d'opinions où
il semble qu'il n'y ait, sous leur forme absolue, "ni bon, ni
méchant", comment peut-on prétendre dans ce cas
étiqueter untel de telle manière, et de façon
différente un autre ?
Pour répondre à cette question, il faut continuellement
s'interroger sur ce que sont les intentions des auteurs.
Veut-on "vendre" une autre religion ? Veut-on convertir ? Comment
? Cherche-t-on ouvertement à détourner le lecteur
de la religion étudiée ? Pourquoi ? Cherche-t-on
seulement à soumettre certains commentaires et critiques
? Essaye-t-on de défendre une confession, avec ou sans
visée prosélyte ? etc.
A ces questions, qui aideront de déceler
les intentions des auteurs (à partir du moment où
elles sont posées sincèrement), peuvent encore
s'ajouter celles-ci : se trouve-t-on dans une situation où
il n'est pas permis d'envisager des conclusions différentes
que celles des auteurs ? Ouvre-t-on la voie à d'autres
perspectives ? Le discours est-il manipulateur ? Y a-t-il un
amalgame entre faits incontestables, déductions, inductions
et opinions ? etc, etc, etc. Bref
! Si l'on veut chercher à connaître dans quelle
tendance s'inscrit un auteur ou un autre, il ne faut pas se
lasser d'interroger les textes, à défaut d'avoir
d'autres informations sous la main ou des aveux dignes de confiance.
Mais dans le fond, n'est-ce pas l'argument lui-même qui
est important ? N'est-ce pas se lancer dans un procès
d'intention que de s'intéresser aux objectifs des critiques
?
Oui, l'argument est très important, et c'est pour ça
que des apologètes écrivent des livres ou rédigent
des articles; dans leur grande majorité, ce sont des
réponses à des questions ou des critiques spécifiques.
Néanmoins, le fait de pouvoir inscrire certains auteurs
dans une démarche plutôt qu'une autre permet au
lecteur de prendre de la distance avec les textes qu'il lit.
D'autre part, ces préliminaires amènent des réponses
à certaines questions liées à l'objectivité
des auteurs : s'ils critiquent une religion, dans quel cadre
idéologique s'inscrivent-ils eux-mêmes ? Leur croyance
est-elle un frein pour le bien de l'objectivité ?
En outre,
après qu'un certains nombre d'abus ait été
constaté, il est naturel que le lecteur cherche à
connaître la position de l'auteur afin de trouver une
explication plus ou moins rationnelle aux raisons qui motivent
de telles méthodes. A l'inverses, un sujet particulièrement
bien traité mettra en confiance le même lecteur.
L'oeuvre de l'apologète
Après ces
quelques préliminaires, entrons dans le monde de l'apologétique
mormone et voyons en quoi consiste cette démarche.
L'oeuvre apologétique mormone existe depuis le début
du mormonisme. Du temps de Joseph
Smith déjà et des premiers convertis, des
voix s'étaient élevées pour accuser les
fondements de cette nouvelles religions. A 14 ans déjà2,
alors que le jeune Joseph affirmait avoir reçu la visite
du Père et du Fils, les premières persécutions,
railleries et menaces firent leur apparition :
Cependant,
je m'apperçus bientôt que le fait de raconter mon
histoire m'avait beaucoup nui auprès des adeptes des
autres confessions et était la cause d'une grande persécution,
qui allait croissant; et quoique je fusse un garçon obscur
de quatorze à quinze ans à peine, et que ma situation
dans la vie fût de nature à faire de moi un garçon
sans importance dans le monde, pourtant des hommes haut placés
me remarquèrent suffisamment pour exciter l'opinion publique
contre moi et provoquer une violente persécution; et
ce fut une chose commune chez toutes les confessions: toutes
s'unirent pour me persécuter.
Je me fit sérieusement la réflexion alors, et
je l'ai souvent faite depuis, qu'il était bien étrange
qu'un garçon obscur, d'un peu plus de quatorze ans, qui,
de surcroît, était condamné à la
nécessité de gagner maigrement sa vie par son
travail journalier, fût jugé assez important pour
attirer l'attention des grands des confessions les plus populaires
du jour, et ce, au point de susciter chez eux l'esprit de persécution
et d'insulte le plus violent. Mais aussi étrange que
cela fût, il en était ainsi, et ce fut une cause
de grand chagrin pour moi.3
La mère de Joseph Smith, Lucy Mack Smith, commente :
[...]
Joseph continuait, comme d'habitude, son travail avec son père,
et rien de significatif n'arriva pendant cet interval [de 1820
à 1823] - bien qu'il souffrit de toute sorte d'opposition
et persécution des différents ordres des protagonistes
religieux.4
Par la suite, de nombreux apostats qui quittèrent l'Eglise
fraîchement organisée ne restèrent pas les
mains croisées : certains rejoignirent des groupes violents
de populaces, d'autres se mirent à rédiger des
périodiques et des livres qui critiquaient, voire calomniaient,
Joseph Smith. La triste histoire du journal "The Nauvoo Expositor"
et la destruction de l'imprimerie (qui l'avait mise sous presse)
qui a résultée de son contenu diffamatoire contre
le prophète
et les membres de l'Eglise, fut le prétexte idéal
pour amener Joseph Smith à Carthage, en prison. La suite
est connue : une populace écorchée vive par une
accumulation de propos mensongers à l'égard des
SDJ fit irruption dans la prison et assassinat lâchement
le prophète
et son frère, Hyrum.
Dans cet assassinat, la propagande anti-mormone
a une responsabilité lourde de conséquence.
Bien que Joseph Smith eut souvent, de son vivant, à réfuter
les fausses accusations qui pesaient sur lui5,
ce n'est qu'après sa mort que l'apologétique mormone
émergea vraiment. Un des ouvrages de défense du
mormonisme le plus connu - et également un des premiers
du genre - fut celui de B. H. Roberts intitulé "Defense
of the Faith and the Saints" (2 volumes). Tant les discours
oraux et publics des premiers dirigeants de l'Eglise que les
livres qui sortirent des presses et qui visaient la défense
de la "foi mormone", n'eurent, au début surtout, qu'un
seul objectif : réfuter les mensonges,
rejeter en bloc les fausses accusations.
Les postulats de l'anti-mormonisme et le
refus de la subjectivité
Avec le temps et
une publication élargie des écrits de l'Eglise,
il devint clair que la diffamation était tout simplement
contre-productive. Néanmoins, la tactique resta la même
: trouver dans les documents historiques des "traces", des éléments
qui peuvent servir à discréditer l'Eglise.
Ce point est très important à
comprendre ! Les anti-mormons ne partent pas d'un point de vue
impartial pour critiquer le mormonisme. Il ne sont pas débarrassés
de leurs préjugés et, pour beaucoup d'entre eux,
ils ne cherchent pas à s'en débarrasser. Généralement,
ils s'expriment depuis leur point de vue religieux pour
critiquer, s'appuyant sur leurs interprétations
de la Bible et du mormonisme. Comme
les apologètes, les anti-mormons partent d'un certains
nombres de postulats - des idées, des présupposés
- qui pourraient se résumer en ces quelques mots : le
mormonisme est une fraude, reste à le démontrer.
Ce faisant, tout leur travail de recherche n'est lié
qu'à la confirmation de cette idée, avec les conséquences
perverses que l'on imagine : sélectivité subjective
dans le choix des citations, commentaires hypercritiques, imperméabilité
à la contextualisation, coupures malhonnêtes, etc.
Les apologètes ont bien entendu, eux aussi, leurs postulats.
Mais du fait qu'ils se trouvent dans la position de défenseurs
de la foi, il ne peuvent faire l'impasse face aux arguments
de ceux qui les critiquent. Ce faisant, ils ne peuvent pas fermer
les yeux sur les points soulevés et doivent tenir compte
de la perspective utilisée dans les attaques à
l'égard de leur foi. Dans cette démarche, leur
travail se borne bien souvent à élargir la question,
à recontextualiser ce qui a été retiré
de son contexte, à élargir l'horizon face aux
approches hyper-critiques, à amener de nouveaux éléments
& découvertes - bref ! à remettre l'église
au milieu du village.
Malheureusement, bon nombre d'anti-mormons refusent d'admettre
leur propre subjectivité, à l'instar de cet extraits
trouvé sur un site évangélique, et signé
de la main de C. Piette, anti-mormon notoire en francophonie
:
Pourquoi ces pages webs
sur les mormons? Esprit de controverse? Haine des "saints des
derniers jours"? Certainement pas! C'est uniquement le souci
de la vérité qui nous pousse à présenter
ces pages au public. [...] Quant aux amis chrétiens,
nous espérons que ce travail leur permettra de découvrir
ce qu'est véritablement l'Église de Jésus-Christ
des Saints des Derniers Jours.6
[...] pourquoi nous reprocher
une façon de présenter la vérité?
Elle est présentée et c'est ce qui compte!!!7
Un regard critique sur ces extrais ne laisse pas de doute quant
aux prétentions de l'auteur : déclarer la
vérité, quelque soit la méthode. Aucune
remise en question ne se trouve d'ailleurs dans aucune partie
du site; à aucun moment on n'y trouve de mise-en-garde
quant à la subjectivité de l'auteur lors de ses
recherches, ni sur sa possible partialité dans la construction
et la présentation du texte. L'auteur ne prétend
ni plus ni moins que "de présenter la vérité",
se permettant même de glisser que quelque soit la façon
de la transmettre, cela n'a pas d'importance. "La fin justifie
les moyens".
Autre
phrase très révélatrice des postulats anti-mormons,
trouvée sur le même site internet :
Chers amis, soyez des investigateurs
acharnés de la vérité. De deux choses l'une!
Ou nous ne racontons pas la vérité, alors votre
foi en sera fortifiée, ou les faits exposés dans
cette étude sont irréfutables et dès lors,
vous envisagerez de quitter une organisation qui n'est pas celle
qu'elle prétend être!8
En d'autres termes : "tout ce qui ne tue pas, renforce". Avec
une telle approche, on peut justifier toute sorte de distortions
en les enrobant de bonnes intentions. Remarquez en outre comment,
dès le départ, on amène le lecteur dans
une logique binaire.9
Il y aurait encore beaucoup de choses à
dire sur ces textes, et nous ne manquerons pas de le faire dans
certains articles publiés sur ce site.
Ces quelques extraits (nous aurions pu en choisir beaucoup d'autres)
sont particulièrement éloquents quant aux intentions,
méthodes, postulats et illusions des "anti-mormons".
En résumé, on affirme que
- les Mormons (surtout les dirigeants) sont
des menteurs en puissance, et il faut rétablir la vérité,
- vérité que seuls les "critiques"
peuvent mettre à jour,
- chose qu'ils font avec l'amour chrétien.
Etrangement, une fois ce crédo de bonnes intentions passé,
on ouvre le voile sur des textes très acerbes, remplis
d'une animosité qui transpire de chaque phrase ponctuée
d'une terminologie agressive et des soulignements à répétition.
Mais ce qui est encore plus étonnant, c'est cet absolu
refus de la subjectivité : en prétendant à
l'objectivité & la vérité absolue,
choses hautement illusoires, les anti-mormons trompent les lecteurs
les plus crédules.
Stratégies & méthodes d'agression
Nous venons de
voir brièvement ce en quoi consistaient les intentions
et les postulats des opposants à l'Eglise de Jésus-Christ
des Saints des Derniers Jours. Il reste néanmoins
à passer brièvement en revue les pôles principaux
d'attaques à l'encontre du mormonisme.
Une première approche consiste à critiquer des
prophètes ou d'autres dirigeants, pour ce qu'ils ont
dit ou fait. Ou pour ce qu'ils n'ont pas dit ou pas
fait. Pour ce faire, il suffit d'ouvrir un volume de "History
of the Church" ou de "Journal of Discourses" et de partir à
la chasse aux phrases ambigues, avec en tête ces postulats
qu'il faut à tout prix démontrer comme étant
fondés. Cette méthode sous-entend une pré-définition
du ce qu'est un prophète, fondé sur le
mythe de l'infaillibilité : les anti-mormons, bien plus
que les SDJ eux-mêmes, attendent des dirigeants de l'Eglise
d'être non seulement "occasionnellement" inspirés,
mais d'être des réceptacles constants des
oracles du Seigneur. Or, rien dans la Bible ni dans les cas
modernes ne semblent appuyer les thèses selon lesquelles
les prophètes seraient :
- infaillibles,
- intemporels,
- constamment inspirés.
Les anti-mormons sont donc à la chasse du moindre trébuchement,
de la moindre parole dite de travers, du moindre comportement
jugé éthiquement peu acceptable - bref ! ils sont
à l'affût de tout élément qui fait
des prophètes modernes des hommes, et non des demi-dieux
comme leur inspire leur idée erronées de ce que
sont les Oints du Seigneur. Considérant que la parole
du prophète est nécessairement inspirée
et qu'elle représente obligatoirement la voix
du Seigneur, ils pèchent par manque de discernement entre
l'homme qui parle et sa fonction : Brigham
Young, Joseph Smith, John Taylor, etc. ont tous essuyés
de violentes critiques pour avoir spéculé sur
un sujet ou un autre, ou pour avoir agi de telle façon
dans tel contexte.
Une façon d'attaquer l'Eglise consiste donc à
mettre en évidence les manquements de ses dirigeants,
puis de souligner qu'un vrai prophète ou qu'un
vrai apôtre
de Jésus-Christ
ne se comporterait pas ainsi.
Une autre façon de s'attaquer au mormonisme consiste
à prendre le Livre
de Mormon et, par de multiples moyens, essayer d'en démontrer
la fausseté. Aujourd'hui encore, ce livre sacré
aux yeux des SDJ rencontre une vive opposition de la part de
franges chrétiennes fondamentalistes, mettant en avant
le manque de "preuves" archéologiques et historiques,
sans que des critiques similaires à l'égard de
la Bible ne les ébranle dans une moindre mesure. On se
met également à manipuler certains textes pour
leur faire dire ce qu'ils ne disent pas10,
ou on conserve une partie du texte tout en mettant de côté
une autre11. On essaie aussi de porter atteinte
à l'intégrité des acteurs qui ont vu paraître
le Livre de Mormon, tels que Joseph Smith lui-même, les
Trois
Témoins, les Huit Témoins, etc. Bref ! Le
nombre de critiques à l'égard du Livre de Mormon
n'a de limite que l'imagination des détracteurs anti-mormons.
Dans le chapitre "paranoïa", la critique la plus sérieuse
- pour autant qu'il y en ait une dans ce domaine - consiste
à dire que l'EJCSDJ
cherche à se débarrasser de son passé
en mettant sous silence certains textes embarrassants. Pour
prendre un exemple récent, des anti-mormons ont protesté
contre la forme qu'a pris la brève revue historique de
Brigham
Young dans un manuel d'enseignements à l'attention
des frères et des soeurs de l'Eglise : ils désiraient
que tous les mariages polygames y soient mentionnés...
alors que ces quelques pages n'avaient qu'un but contextuel,
et non exhaustivement historique. Un site francophone évangélique
anti-secte a relevé dernièrement que dans l'oeuvre
"Discours de Brigham Young", édité par John A.
Widtsoe, un certain nombre de citations et de discours manquaient,
et il concluait que c'était là une preuve que
l'Eglise cherchait à "dissimuler son passé".
L'auteur de cette audacieuse affirmation faisait fi de l'aspect
pourtant clairement et ouvertement sélectif de cet ouvrage.
La page de garde du livre critiqué mentionne notamment
:
Discours
de Brigham Young [...] choisis et arrangés
par John A. Widtsoe.12
Chose bizarre dans ces critiques : un bon nombre de pseudo-dissimulations
sont découvertes après consultation de
documents mis grâcieusement à disposition par...
l'Eglise elle-même et avec le concours des historiens
de l'EJCSDJ. Si les SDJ avaient voulu cacher leur histoire,
ne leur était-il pas plus simple d'empêcher tout
bonnement l'accès à ces documents, ou encore de
les détruire ?
Certains propos paranoïaques vont encore plus loin
dans le burlesque : la visée religieuse du prosélytisme
mormon est secondaire; la vraie raison de ce déploiement
de missionnaires
est de pouvoir, à terme, renverser les gouvernements
du monde entier, à commencer par celui des Etats-Unis.
Inutile de commenter ce genre de propos...
La raison d'être de l'apologétique
Nous pourrions
disserter ainsi pendant des heures sur les cibles choisies pour
discréditer le mormonisme. Certains articles de ce site
reprennent les arguments les plus populaires pour les discuter
et les contre-critiquer. Ce que nous ne pouvons en revanche
manquer de discuter, ce sont les apports positifs de
l'anti-mormonisme. Il y en a plusieurs; mentionnons-en trois.
Tout d'abord, les opposant à l'EJCSDJ
et autres critiques font gratuitement de la publicité
pour l'Eglise. Bien entendu, leurs propos visent avant tout
à y nuire; nous savons néanmoins que toute publicité,
bonne ou mauvaise, reste de la publicité, et ce faisant
attire l'oeil du grand public sur elle. Même si leur démarche
est gavée d'idées préconçues voire
mensongères, les missionnaires
de l'Eglise peuvent, une fois en face de ceux qui ont été
de la sorte désinformés, corriger les erreurs
et, avec la force du St-Esprit,
enseigner le message véritable du mormonisme. Indirectement,
un nombre substantiels d'individus se font baptiser dans l'Eglise
après l'avoir connu par ceux-là même qui
cherchent à les en détourner.
Un autre bienfait des critiques contre l'Eglise,
est celui de garde-fou. Toutes les critiques ne sont
pas forcément mensongères, ni forcément
infondées. Par exemple, même s'il est maladroit,
voire malhonnête, de confondre la fonction de prophète
d'avec la nature humaine de ceux qui remplissent cette fonction,
nous devons aux critiques de nous rappeler que les Oints du
Seigneur, modernes et anciens, ne sont que des hommes. Ils ont
leurs faiblesses; ils font courramment des erreurs; leurs idées
propres ne sont pas toujours en accord avec les découvertes
scientifiques, voire avec une certaine éthique. En cela,
ils ne se différencient guère du reste des croyants.
En nous rappelant ces faits, les critiques aident les SDJ à
ne pas idéaliser ceux qui ont la charge de diriger l'Eglise
sous l'inspiration, à ne pas faire d'eux plus que ce
qu'ils ne sont.
Enfin, grâce aux critiques, un nombre
substantiel de Saints des Derniers Jours se sont lancés
dans une course à l'érudition sur leur propre
religion. Nombre d'entre eux sont devenus de véritables
spécialistes du mormonisme et partagent leur savoir avec
le reste des membres de l'Eglise, même si le but premier
de cette démarche est évidemment de fournir des
réponses aux critiques.
L'apologète se doit donc non seulement de défendre
l'Eglise, mais il doit aussi être attentif aux arguments
des opposants à l'Eglise, se demander en toute sincérité
s'ils sont valables, et en quoi ils peuvent devenir bénéfique
pour les SDJ. En cherchant un juste équilibre entre doctrine
de l'Eglise et découvertes historiques et scientifiques,
l'apologète se doit d'être un combattant pour
et de la vérité, autant contre le mensonge
qui vient de l'extérieur de l'Eglise que contre
les mythes issus de l'intérieur.
L'objectif de ce texte n'étant pas, à nouveau,
de dresser une liste exhaustives des critiques à l'égard
de l'Eglise, de ses inconvénients comme de ses avantages,
j'aimerais m'arrêter à présent sur les implications
de l'apologétique pour l'apologète lui-même.
Il serait illusoire d'imaginer
l'apologète comme un érudit dans tous
les domaines qui touchent à sa religion. Il n'est pas
non plus "infaillibles" et est lui aussi sujet à des
erreurs, voire à l'utilisation des méthodes aussi
discutables que celles utilisées par ceux qu'il entreprend
de critiquer. Ce faisant, qu'est-ce qui le motive à consacrer
de nombreuses heures dans des recherches et rédactions
de textes divers visant à défendre sa foi ?
Comprenons
d'abord que ce qui touche au religieux, touche à ce qu'il
y a de plus intime, de plus profond dans le domaine de la croyance
d'une personne. On ne peut pas attaquer ou critiquer une religion
sans que cela ait des implications sur ceux qui s'en réclament
et s'y identifient. Le mormonisme est fréquemment critiqué
par des arguments fallacieux; il n'en faut pas plus pour que
certains y réagissent et proposent de "remettre l'église
au centre du village". C'est exactement ce qui m'est arrivé
quand j'étais jeune missionnaire au nord de la France
: alors que je commençais tout juste à servir,
j'ai été un jour confronté à un
Témoin de Jéhovah qui attaquait l'Eglise, sans
que je n'aie été capable de lui répondre
par la Bible ou de lui donner une explication en harmonie avec
celle-ci. J'avais décidé alors que cela ne se
reproduirait plus. A peine rentré dans notre appartement,
j'ai entrepris une lecture assidue de la Bible, mettant en valeur
certains passages-clés qui pourraient m'aider si j'étais
confronté à nouveau aux mêmes arguments.
Heureusement, je n'ai pas eu à l'utiliser trop souvent
pour ce but, le rôle du missionnaire se limitant à
exposer la doctrine, et non à la défendre dans
des débats stériles. Quoi qu'il en soit, cet épisode
(et quelques autres qui ont précédé mon
départ en mission) m'a sensibilisé à la
problématique de la défense de l'Eglise.
Le rôle et l'objectif de l'apologète, n'est pas
de convaincre qui que ce soit de la véracité du
Mormonisme. Il ne peut lui-même créer de foi chez
un individu qui ne désire pas être convaincu. En
revanche, en répondant à certaines questions,
en proposant des explications alternatives à celles offertes
par les critiques, il aide le croyant à rester ferme
dans sa foi et à lui permettre de disposer d'un "climat
dans lequel la foi peut s'épanouir".13
Le lecteur n'est pas le seule bénéficiaire
de son travail : l'apologète en est le premier, car il
apprend beaucoup sur sa propre religion en effectuant des recherches
et en les confrontant avec d'autres. Il se peut même que
l'apologète soit le premier à avoir besoin des
informations qu'il se met à rechercher, puis se mette
à les partager avec autrui.
Quoi qu'il en soit, et comme tout SDJ le sait ou devrait le
savoir, la réelle source de foi et de réconfort,
lorsque le doute émerge et que la confiance en Dieu s'effondre,
c'est celle qui est offerte par le Consolateur, l'Esprit-Saint.
Ce même St-Esprit qui amène la paix du coeur, non
pas la paix "comme le monde la donne"14, mais
celle qui vient d'en-haut.
Conclusion : pour une contre-critique respectueuse
L'apôtre
Jacques dit :
Lequel
d'entres vous est sage et intelligent? Qu'il montre ses oeuvres
par une bonne conduite avec la douceur de la sagesse.
Mais si vous avez dans votre coeur un zèle amer et un
esprit de dispute, ne vous glorifiez pas et ne mentez pas contre
la vérité. Cette sagesse n'est point celle qui
vient d'en haut; mais elle est terrestre, charnelle, diabolique.
Car là où il y a un zèle amer et un esprit
de dispute, il y a du désordre et toutes sortes de mauvaises
actions.
La sagesse d'en haut est premièrement pure, ensuite pacifique,
modérée, conciliante, pleine de miséricorde
et de bons fruits, exempte de duplicité, d'hypocrisie.
Le fruit de la justice est semé dans la paix par ceux
qui recherchent la paix.15
Dans une révélation à Joseph Smith, le
Seigneur s'exprime de la manière suivante :
En
vérité, ainsi vous dit le Seigneur, toute arme
forgée contre vous sera sans effet.
Et si quelqu'un élève la voix contre vous, il
sera confondu lorsque je le jugerai bon.
C'est pourquoi, gardez mes commandements; ils sont vrais et
dignes de foi. J'ai dit. Amen.16
Ainsi devrait être l'oeuvre apologétique mormone
: "sage", "intelligente", avec la "douceur de la sagesse", sans
"zèle amer" ni "esprit de dispute", sans glorification
ni mensonge "contre la vérité". Elle devrait en
outre s'orner de foi : admettre ses limites et, comme dans toute
choses en cette vie, s'en remettre au Seigneur qui a promis
que "toute arme forgée" contre l'Eglise serait sans effet,
et que ceux qui cherchent à y nuire seront confondus
"lorsque [le Seigneur] le [jugera] bon".
Ne nous laissons pas troubler par ceux qui cherchent à
détruire le "mormonisme". Ainsi en a-t-il toujours été
: de tous temps des hommes et des femmes se sont levés
contre les Oints du Seigneur, de tous temps ils ont recherchés
leurs faiblesses pour les critiquer, souvent ils ont chercher
à les tuer; il en a toujours été ainsi,
et il en sera peut-être encore longtemps ainsi. A de nombreuses
reprises, les anti-mormons ont cru avoir trouvé "l'arme
absolue" qui allait détruire le mormonisme, et parfois
des SDJ se sont découragés en les voyant. Cependant,
la vérité est toujours ressortie triomphante,
et l'Eglise est allée de l'avant.
Et il n'y a pas de raison à ce que
cela change.
Restons fermes dans la foi. Tant que le Consolateur, l'Esprit-Saint,
restera dans nos coeurs, nous garderons cette paix harmonieuse
malgré les vagues houleuses des critiques. Car toute
tempête finit par se calmer lorsque le Maître lui
ordonne de se taire17. De même, les
doutes s'en vont, remplacés par l'espérance et
la paix, quand le Seigneur intervient, alors que notre barque
de la foi vascille dangereusement au milieu de la tempête
menaçante.
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